Un samedi en Palestine

Dans Palestine
29/11/2021
6 min de lecture

Depuis que je suis ici, je me rappelle beaucoup quand je n’étais pas ici.
(Je suis vraiment très douée pour les phrases d’accroche.)

Récemment, un souvenir palestinien m’est revenue en mémoire. Pour info, la Palestine n’est pas le pays le plus facile à visiter !

C’est divisé en deux parties : la Cisjordanie et la bande de Gaza. La bande de Gaza, c’est totalement impossible d’y aller, à part si tu travailles dans la diplomatie ou les ONG. Entre ces deux parties, il y a Israël. Les personnes qui vivent dans les Territoires Palestiniens ne peuvent pas aller en Palestine, et inversement, sauf si tu demandes des autorisations spéciales. En effet, j’avais la chance d’avoir le bon passeport pour passer les « checkpoints » assez facilement alors que mes collègues palestiniens n’avaient pas cette opportunité. Bon nombre d’entre eux ne s’étaient pas rendus à Jérusalem depuis des années alors que ce n’était qu’à 15 km !

Moi je vivais en Cisjordanie. Je voulais visiter un peu Israël, étant donné que pour moi c’est aussi la Palestine. Comme mes amis palestiniens n’avaient pas les autorisations nécessaires pour m’y emmener, il me fallait donc trouver une autre astuce pour visiter « l’autre côté ».
C’est un peu par hasard que j’avais trouvé une pub sur Facebook pour visiter du côté israélien. La pub indiquait que nous allions visiter Acre et quelque chose près de là. Je ne comprenais pas tout parce que la pub était en arabe et la traduction Google a définitivement ses limites. Mais je t’adore Google Translate ! Que serais-je sans toi ??

Je décide quand même d’aller me renseigner et là je tombe sur un groupe de jeunes qui ne parlent pas très bien anglais mais on arrive quand même à passer le deal. Donc je me retrouve ainsi un samedi (les week-ends là-bas c’est le vendredi et le samedi) matin dans un bus avec 50 palos (le petit nom qu’on donne aux Palestiniens) excités comme des puces. Evidemment, moi le matin, c’est un concept auquel j’adhère peu, mais j’étais bien contente quand même d’aller me promener. J’étais la seule touriste, les Palos étaient en bande de potes ou en famille. Tout le monde devait franchement se demander ce que je foutais là. Le guide ne parlait qu’en arabe. A un moment il me montre du doigt et dit un truc genre « voilà Sarah, une Française perdue toute seule meskine en plus elle ne parle pas arabe. S’il vous plait si vous parlez un peu anglais essayez de communiquer avec elle sinon on va la perdre » (traduction personnelle). C’est ce que j’ai compris parce que tout le monde m’a regardé avec un air affligeant de compassion. Ensuite, on arrive au lieu où on devait arriver. Je ne savais pas précisément où on allait. C’est le moment où je me demande si je suis débile ou folle vu que je suis partie je ne sais pas où dans un bus avec 50 inconnus sans parler bien leur langue. Mais bon, c’est un autre sujet. C’est l’heure de descendre du bus et il y a une file de gens qui vient m’adresser la parole en anglais « salut ! je suis Ahmed, je parle un peu anglais. Enchanté », « Bonjour moi c’est Jehad, je parle anglais, ça va ? »… et chacun vient me dire ses petites phrases en anglais pour m’aider à me sentir à l’aise. Trop mignons.

On est arrivés dans un lieu près de Nazareth où il y avait des sources naturelles d’eau chaude et un zoo. J’étais surprise de voir qu’Israéliens et Palestiniens se mélangeaient au calme. J’ai pris beaucoup de photos parce qu’à l’époque je ne voulais pas être blogueuse mais photographe, un autre rêve abandonné, et puis je suis allée me baigner. Comme je suis débile, j’ai emmené mon bikini, oubliant complètement qu’on était dans un pays musulman et que personne n’était habituée à voir autant de peau. Bon j’y vais en tee-shirt, tant pis, mater mes fesses c’est gratuit. Je ne me sens pas très à l’aise ainsi dévêtue dans ce repère à pervers. Alors, je vais attendre le reste de la troupe à l’extérieur. Un Palo me dit des mots en anglais et m’offre un Twix. C’est très attentionné de sa part.

Ensuite, on va à Acre. Magnifique. Mohammed ne parle pas anglais mais reste avec moi. Je comprends qu’il est chanteur. Il me demande s’il peut me rouler un patin, parce qu’il va se marier dans quelques jours avec sa cousine et qu’il n’a jamais embrassé une fille ! Je vous jure que c’est vrai ! Je décline gentiment l’offre et Mohammed ne s’offense pas. Il m’apprend une chanson arabe et on la traduit en français. Ça fait « je t’aime ! Moi aussiiiiiihihi ». Après on va faire du bateau. Le délire du pilote c’est de conduire très vite et de faire des virages pour nous éclabousser et nous faire peur. Ça marche pour moi. Mes potes s’esclaffent. Je me fais pipi dessus (c’est juste une expression hein).
Ensuite, on rentre. On est en retard et on doit se dépêcher avant la fermeture des check-points. Le conducteur roule très vite et on frôle la mort à plusieurs reprises. Les Palos crient « Allah Akbar » à chaque dos d’âne pris un peu trop à la va-vite. Dans ce contexte, l’expression « Allah Akbar » me paraît très drôle (pour votre gouvernante, cela signifie « Dieu est le plus grand »). Pour faire passer le temps, on pousse la chansonnette. Moi qui voulais dormir, c’est loupé. Mohammed nous fait des vocalises. C’est magnifique, non mais vraiment je ne rigole pas là ! Sauf que Mohammed raconte à tout le monde que je sais chanter, tout ça parce que je lui ai traduit sa chanson préf’ !!

Voilà comment je me suis retrouvée dans un bus avec des inconnus à chanter « comme si je n’existais pas ! Elle est passée à côté de moi !… Aïcha écoute-moi ! ». Oui je sais, c’est un cliché cette chanson mais ils étaient contents, il y a une partie en arabe après. Ça a mis l’ambiance, très colo, très « Nos jours heureux ».

Fin du voyage. Tout le monde descend. Les gens me disent « au revoir Sarah ! » comme si on était devenus les meilleurs potes du monde. 50 inconnus savaient désormais mon nom et à quel point j’étais nulle en chanson. Merci Momo.

 

Commentaires

Gaëlle

Tu auras marqué leur vie à jamais, ils se souviendront de « la ptite française qui comprend rien mais qui change en arabe dans le bus et qui a un beau cul », et racontent cette belle histoire a leurs amis et leur famille.

calientepatata

Franchement je sais pas si c’est vraiment flatteur pour moi… j’ai peur d’avoir nuit à l’image des Français (déjà pas très follichone) !

Calientepepesituations

Petite pensée à Momo pour le râteau

calientepatata

Update : Momo m’écrit toujours. Hope is not dead.

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