Je vous préviens tout de suite, c’est un article où je fais que me plaindre, sans réaliser la chance que j’ai d’avoir un voyage tous frais payés en France. Que voulez-vous ! La France m’a refait ressortir mes traits de caractère natifs les plus (ou moins) enfouis !! Ceci dit, j’aimerais bien vous y voir vous : un mois dans votre pays sans avoir la possibilité de rentrer vous faire dorloter chez votre mère, en charge de 23 étudiants équatoriens tous autant empotés les uns que les autres, dont le tiers avec des parents ultra-relous. Attendez, je vous raconte.
16 juillet : départ de Quito, direction Bordeaux. Au programme, 3 semaines à Bordeaux et une semaine à Paris, et on n’est que 2 pour accompagner tout ce petit monde. Nous vivons l’enregistrement de bagages le plus long de l’histoire de l’enregistrement de bagages mais la bonne nouvelle c’est que pour une fois dans ma vie, je ne dépasse pas le maximum de kilos autorisés et j’ai même une marge de 5 kilos ! Mais qui suis-je devenue ?!! Je ne connais que 5 étudiants sur les 23 et je dois apprendre le nom de tous les autres en 5min chrono avant qu’on me pose des questions auxquelles je ne puisse pas répondre. Je m’attendais bien évidemment à rassurer les parents mais je ne m’attendais pas à un entretien professionnel avant de passer la sécurité. Une mère de famille me pose 15 000 questions… « Vous avez déjà accompagné des voyages comme ça ? Vous avez quel âge ? C’est quoi votre métier exactement ? » – « mon travail c’est d’amener les enfants très loin de leurs parents et de faire en sorte qu’ils ne reviennent jamais !! C’est bon pour vous ? ». J’essaie de palper les émotions des adolescents mais j’avais oublié qu’un adolescent n’a pas d’émotions. Une mère m’a carrément dit « ma fille ne ressent rien ». On s’apercevra plus tard que c’est effectivement vrai.
J’ai deux radars qui se mettent en route : celui du repérage de parents relous et celui des gamins foufous. BIP BIP BIP Un papa demande à l’hôtesse de changer son fils de place pour qu’il ait plus d’espace pour ses jambes. Oui bien sûr, il peut même aller en première classe s’il veut ! Les nains vont au fond. BIP BIP BIP Deux garçons pré-pubères chahutent. Ce verbe existe toujours ? Ok, il faudra veiller à garder un œil sur ces deux zozos. On arrive enfin à l’embarquement, on est tous en retard et je n’ai même pas le temps d’aller aux toilettes ! ça commence bien !!
Première escale à Panama City, notre mission est de nourrir leurs estomacs affamés. Vous savez quoi ? Débrouillez-vous tous seuls, on se retrouve à la porte d’embarquement 1h avant. C’est là que le groupe doit se séparer, on n’a pas réussi à prendre des billets d’avion pour tout le monde pour les mêmes vols. Mon collègue part donc avec 6 étudiants et je me retrouve seule avec les 17 autres. Avez-vous flairé l’arnaque ? Moi, oui. On prend donc l’avion pour Paris et je crois qu’ils sont tous montés dedans. On est tous dispersés donc ce n’est pas trop pratique pour les compter. Bon allez, tu verras bien à Paris s’ils sont tous là. Mais Sarah ! C’est pas des doudous c’est des personnes humaines qui ont payé 6000 dollars ! Compte-les ! Oui oui, purée, y’a ma charge mentale qui m’engueule là, je vérifie, on est bien 17. Laissez-moi dormir.
10 heures plus tard, I’m home !!! Enfin, juste au terminal quoi. On doit attendre 8 heures notre prochain vol pour Bordeaux ! J’espère qu’une visite guidée de Charles de Gaulle est organisée. Un des gamins chahuteurs me parle très vite. Il parle espagnol. On est en France ! Parle français, merde ! Je réalise soudainement que moi aussi je vais vivre un voyage linguistique. Je comprends qu’en montant dans l’avion, une femme serait tombée entre le couloir et la passerelle pour l’avion et une hôtesse de l’air aurait dit que ça arrivait tout le temps. Un peu choquant je dois vous avouer, mais comme je ne suis pas sûre de ma compréhension orale je réponds juste un « ah ouais !!?? » éberluée. L’aéroport leur parait tellement aussi grand que Quito qu’ils me collent tous aux baskets. Mais vivez non ?! Je dois aller à Victoria’s secret moi. Petit hic : au moment de passer la sécurité y’a Jean-Michel le crapahuteur qui parle vite qui ne peut pas passer. Why ? Le gars me dit qu’il ne peut pas le laisser passer s’il n’a pas son billet d’avion.
« Mais il est où ton billet d’avion ? – Mais Sarah je t’ai dit qu’il était tombé entre le couloir et la passerelle de l’avion ! – ah mais ce n’était pas une femme ?!! – HEIN ?!!! »
Bon on arrive à passer au final, on n’est pas venus jusque-là pour rien. 8h d’escale c’est beaucoup quand même. Après avoir tenté d’aller au MacDo qui est à l’autre bout de l’aéroport on s’est finalement rabattus sur le Starbucks, où les gosses ont joué au Uno tout l’aprem. Le serveur me drague et m’offre un gâteau en plus. J’aime bien cette drague-là moi. Vous savez qu’en Equateur ils ne draguent pas ?! C’est une autre culture quand même. Je me mets à la place des étudiants et j’aimerais bien voir la France pour la première fois. Je me demande ce qu’ils pensent. Je demande à Jean-Paulo comment ils trouvent les français et il me répond : « Sarah, je n’ai pas encore vu une seule moche !! » Ah bin d’accord. On sait pourquoi il est venu lui. BIP BIP BIP à surveiller le Jean-Paulo !
L’heure d’embarquer arrive enfin. J’ai eu le temps d’aller à Victoria’s Secret et de retrouver un billet pour Jean-Michel. Je suis contente. On nous annonce 2h de retard. Je suis moins contente. Etrangement, les gosses sont beaucoup plus patients et calmes que moi. C’est parce qu’ils ont leur carte SIM française et Internet. Vive cette génération de geeks ! Je vois Jean-Louis et Marie-Jeanne se donner la main. Mais ils ne se connaissaient pas hier ?! 8 heures d’escale ça rapproche hein. J’ai presque eu une aventure avec un serveur de Starbucks quand même.
On embarque dans l’avion mais on ne décolle pas ! « Y’a des problèmes techniques ». Bats les couilles de tes problèmes techniques, je veux un lit !! On arrive à Bordeaux à 2h du matin au lieu de 22h !!!!!! Je suis devenue folle à cause de Air France. Les familles d’accueil des étudiants nous attendent. Pas la mienne, elle avait autre chose à faire apparemment. C’est également le cas de trois autres familles qui sont parties avant et ne pouvaient pas attendre des étudiants équatoriens qui ont fait 28h de voyage pour venir chez elles. Désolée du dérangement. Il est 2h du matin et la femme en charge des familles d’accueil me stresse. « Et Jean-Louis, il est parti avec qui ? » Mais est-ce que c’est mon boulot de connaitre par cœur le trombinoscope des familles d’accueil françaises ? En 5 minutes, j’ai 12 étudiants qui se sont barrés avec des gens et j’ai aucun moyen de savoir qui s’est fait kidnapper ou non et la femme ne m’apporte aucune solution. Bon, on verra ça demain. Tout le monde est parti et il reste un daron. Je lui demande qui il est venu chercher, il me dit Jean-Luc. Mais Jean-Luc est arrivé à Bordeaux à 16h avec le premier groupe ! Mais où est donc Jean-Luc ? Il est 2h du mat, il ne répond pas. Aucune nouvelle de personne. J’apprendrais le lendemain que Jean-Luc est allé dormir dans une autre famille d’accueil parce que le daron qui s’est pointé à 2h du mat’ ne sait pas lire un mail. Ça commence bien.
Y’a Jean-Jean qui me fait trop rire. Il s’approche de sa mère d’accueil, il lui fait un câlin comme on fait ici pour dire bonjour, tout en lui disant « enchantée, mademoiselle ». La femme de 70 ans s’est reculée d’un air effaré en disant « je suis pas mademoiselle ! » Le pauvre Jean-Jean, il avait sûrement regardé un tuto avant de venir « comment dire bonjour à un français ». Lol. Loupé !
Enfin je ramène la dernière étudiante chez elle en taxi – oui j’aime bien vendre un rein quand j’arrive dans un pays – et je me retrouve à monter ses valises un étage, parce que non seulement sa famille d’accueil ne pouvait pas venir à l’aéroport mais ne pouvait pas non plus descendre quelques marches pour accueillir l’étudiante. Vive l’accueil français ! J’arrive à mon tour dans ma famille, évidemment je n’ai pas de carte SIM à cause d’un stupide vol de portable, donc je poireaute dehors 15 minutes le temps que quelqu’un veuille bien se réveiller et m’ouvrir la porte. Il est 3h du matin. Je peux dormir maintenant ?!! Vous avez cru que j’étais en vacances vous ? Demain je dois me lever pour être à 9h là où ils vont prendre leurs cours de français. Gé-nial.
La suite au prochain épisode…




Et ben…à ce que je lis, que tu sois en équateur ou en France, tu ne t’ennuies jamais.
Tu n’as pas le temps. Lol
J’espère que ton séjour en France t’as plu, et que tout tes étudiants ont trouvé leur famille d’accueil.
Bonne continuation
Huuuum…pour que je donne un avis positif à ce voyage, il me faudra un peu de temps, le temps que je m’en remette !
Oh my god, je veux la suite de l’histoire d’amour de Jean-Louis et Marie-jeanne ! Trop hâte !
Tu vas pas être déçue !!!!