Capítulo quatro : Où on apprend que j’ai de petites narines et un gros cul

Dans Equateur
28/11/2021
9 min de lecture

Quand on part vivre dans un lieu où on doit tout recommencer à zéro, on se surprend à faire des choses qu’on ne ferait jamais dans son pays d’origine. Ça fait peur et en même temps c’est super excitant parce que personne ne connait ton passé – ni ton présent en fait – donc tu peux être qui tu veux.

Tu peux être Cameron du Texas qui vient monter son entreprise d’apéricubes écolo (vous n’avez pas remarqué la quantité de déchets que produit un paquet d’apéricubes alors qu’en vrai on n’en mange jamais juste un ? pourquoi ils ne font pas de plus gros apéricubes ? Genre des apéro-rubik’s cube ? wahou il se passe tellement de choses dans mon cerveau) ou Marinette de Poitou-Charentes qui vient ouvrir une pâtisserie. C’est donc l’occasion de se réinventer, de changer de style, de rire, de coupe de cheveux, de caractère, etc. Bon personnellement, j’ai juste changé de coupe de cheveux. Je suis courageuse mais pas trop audacieuse (et en vrai je ne voulais pas changer de coupe de cheveux, c’est juste que la coiffeuse m’a loupé).

Tout ça pour dire que la case départ offre une infinité de possibilités démente ! Et pour moi, le plus important quand on déménage (oui ça y est j’ai accepté que j’avais déménagé), c’est se reconstruire une vie sociale. Parce que si finalement tu n’aimes ni le pays, ni la bouffe, ni ton taf (on voit mes priorités !), si tu as une bonne vie sociale ça te fera oublier le reste – ce qui est d’ailleurs le cas pour tous les pays ceci dit. Alors je vous pose la question : comment feriez-vous si vous aviez tout quitté pour rencontrer des gens et vous faire des amis ??

Si j’étais un homme, c’est simple, j’irai voir des matchs de foot au bar. Mais je ne suis pas un homme, et je déteste le foot. Donc ça va être plus compliqué que prévu.

Je sais ce que vous allez répondre : compter sur vos collègues. Oui c’est vrai ! Très bonne idée. De mon expérience d’immigrée, tes collègues finiront toujours par devenir tes amis quand tu bosses à l’étranger, d’une part parce que vous allez compter les uns sur autres et d’autre part, parce que vous avez la même culture (je dis ça parce que j’ai toujours travaillé avec des Français et que je me suis fait des amis très précieux) et que c’est super important pour les soirées raclette. Gros BIG UP à mes copines de Mascate avec qui on faisait des raclettes alors qu’il faisait 29 degrés dehors. Patate, quand tu nous tiens !

Donc les collègues, c’est la solution de facilité ! Et nous on n’aime pas la facilité !!! On aime le challenge ! Il n’y a qu’une solution pour se faire des amis à l’étranger : se bouger le cul ! Et ça tombe bien puisque ma grosse astuce c’est de pratiquer une activité à caractère social et j’ai nommé… roulement de tambour…la salsaaaaaaa !!!! J’ai commencé la salsa à Dakar avec mes colocs, trop une bonne idée ! Tu apprends une danse stylée, tu rencontres plein de gens, tu expérimentes la sueur d’autrui qui te coule dessus, c’est vraiment top ! En plus, après tu es invitée aux soirées salsa, ce qui te donne l’opportunité de marcher sur encore plus de pieds des gens ! Dans tous les cas, c’est une activité qui m’a plutôt bien servi puisque c’est comme cela que je me suis fait une belle bande de potes au Ghana. A force d’aller tous les mercredis soir aux cours et d’être restée assise toute seule à une table pendant un mois, les gens ont commencé à avoir pitié de moi et à me proposer de me joindre à eux. Les pauvres, ils ont dû me supporter pendant un an.

Et me voilà en Equateur ! Amérique du Sud ! Latinos ! Sang chaud ! Déhanché de folie ! Salsa depuis tout petit ! Qui a d’autres clichés par ici ??

C’est donc l’autre jour en marchant, que je suis passée devant cette école de musique et je me suis écriée « c’est un signe ! » (en fait c’était juste une pancarte). Avant de revenir à ce signe, je veux revenir sur l’altitude. Pour la première fois, j’ai marché 30 minutes et franchement j’étais au bout de ma vie. En fait, l’altitude c’est vraiment un fléau, j’ai cru que j’allais m’étouffer avec mon propre air, et ici le masque est obligatoire partout donc je n’étais pas au top. En plus, depuis 2012, je suis convaincue que je respire mal parce que j’ai un petit nez. En 2012, j’étais au Bénin et il y a un mec qui m’a demandé comment je pouvais bien respirer avec mes petites narines. « Bin mec tu as vu les tiennes ? Faut pas venir voler l’air des gens aussi avec ce nez-là ! » Il m’a demandé de mettre un à un tous mes doigts dans mes narines pour voir si ça rentrait. Franchement, le pouce c’était chaud. Lui, il y arrivait trop bien (à mettre son pouce dans son nez, pas dans le mien hein). Bref, du coup, depuis cette conversation avec ce Béninois avec qui j’ai partagé un chouette moment de fourrage de doigts dans le nez, je crois que je respire mal. Ça existe les opérations pour se faire augmenter les narines ?

Je referme la parenthèse et je reviens à la salsa et j’accélère parce que cet article est beaucoup trop long. Samedi aprèm, je vais donc à la salsa. Je précise que c’est un challenge mais finalement pas tant que ça vu que je sais déjà danser. Je suis même une professionnelle si on peut dire ça de manière humble. Je plaisante hein, calmez-vous. J’arrive à l’heure, première surprise. Deuxième surprise : le prof est trop mignoooooon ! Est-ce que c’est un critère d’être mignon pour être prof de danse ? Parce que franchement, j’ai rarement vu des profs moches. On n’est pas nombreux et c’est cool. Troisième surprise : il y a plus de mecs que de filles. Ça c’est du jamais vu dans l’histoire de la salsa. Le prof doit faire la fille et danser avec un gars. On est donc 8, parfait, 4 couples. Le truc cool des cours de salsa c’est que tu changes de partenaire quand tu as fini la danse donc c’est pratique quand ton partenaire t’ennuie. Si ça pouvait être ça dans la vie ! Premier partenaire : Carlos 1, il est super bavard, il ne danse pas trop mal, il a l’air de faire des blagues, je réponds « oui, oui » parce que je pige R. Puis, Carlos 2 (vous croyez vraiment que j’ai retenu tous leurs noms ?), un ado de 12 ans, ne me parle pas, ne me regarde pas mais bouge ses pieds de manière à ce que je comprenne qu’on danse ensemble. Ensuite, Carlos 3, un chou ! Je crois qu’il me sourit à travers son masque. Pas un mot cependant. Carlos 4, l’assistant du prof, trop concentré pour prêter attention à ma personne.

C’est la pause. Je suis contente, j’ai bien fait semblant de tout comprendre et tout le monde n’y a vu que du feu à mes lacunes en espagnol. A part Carlos 1 qui a arrêté de me parler parce que je ne renchérissais pas à ces blagues. Il a dû se dire « elle est jolie mais elle est débile » (oui je me fais des compliments et je m’auto-casse en même temps). Je suis désolée, en vrai en français je suis drôle hein. Une réflexion revient à mon esprit : cette semaine je me suis demandée si les gens d’ici réalisaient que je n’étais pas d’ici. Pourrais-je passer pour une Equatorienne ? Elles ont quand même vachement de physique différent, et avec le masque on ne sait pas trop.

Le mignon prof me sort de ma réflexion : « tu es d’où ? » – Moi : « hein ? » – Lui : « tu ne parles pas espagnol ? ». Bon bin j’ai la réponse à ma réflexion, c’est évident que je ne suis pas locale. Enfin Sarah ouvre les yeux, tu fais 2 mètres de plus que tout le monde, tu es pâle, tes yeux verts écarquillés par la découverte de ce nouveau monde te font passer pour une touriste fascinée, c’est évident que tu ne fais pas locale. Il n’y a que ton gros cul qui passe-partout. Et encore, il ne passe pas partout, mais bon vous m’avez compris… Me voilà donc à raconter toute ma vie aux petits Carlos et Carlas et le prof se marre de lui-même parce qu’il a parlé énormément vite comme si de rien n’était. T’inquiète frère, je connais les bases, j’ai appris le mot « pareja » (= partenaire, couple) parce que je suis fan de la chanson « Pareja del Año » de Sebastian Yatra, et j’ai cherché la traduction. Sauf que comme je n’avais pas mis l’accent sur le « n », ça m’a mis « partenaire de l’anus » au lieu de « couple de l’année ». On apprend de ses erreurs. Non mais vraiment ! D’ailleurs, il faudra vraiment que je pense à bien noter la prononciation parce qu’imaginez à Nouvel An je dis « bon anus » à tout le monde ! Ça ferait tâche.

Ensuite, changement de comportement. Carlos 3 et 4 ont commencé à me parler avec un ton compatissant, j’ai apprécié. Carlos 1 boude toujours et Carlos 2 est un ado de 12 ans donc on ne va pas trop lui en demander. Après tout, c’est toujours mieux que les soirées salsa à Nice où ces vieux bourges attendent que les filles invitent et quand elles le font, veulent t’apprendre ta gauche et ta droite !

Bilan du cours : on va s’inscrire parce que prof mignon + parejas sympas + maitrise des chiffres de 1 à 7 en espagnol impeccable = grosse perspective de se faire des potes et d’aller aux soirées salsa. Et promis, la prochaine fois j’apprends leurs prénoms !

Commentaires

Azra

Très agréable de te lire ! Ça fait voyager et donne envie de danser 🙂

calientepatata

Merci Azra !! Faut importer le concept de Salsoteca à Nice, ça serait de la folie !!

Justine

J’ai beaucoup ri, merci Sarah ahahah

Calientepepesituations

Au fond, il n’y a rien de plus réconfortant qu’une raclette peu importe le lieu.

calientepatata

Arrête tu me donnes envie !! Les raclettes c’est encore plus réconfortant que les petits chats.

carla

Tu me fais trop rire, j’ai l’impression que tu es là à côté en train de raconter tes péripéties.

J’ai hâte d’en lire davantage.

calientepatata

Haha merci ma Carlita 🙂 tu m’aurais suivi, tu aurais toutes mes péripéties en direct live au bureau lol

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