Capítulo diez : Omar et les empanadas (suite et fin de mon délire Amélie Nothomb)

Dans Equateur
16/01/2022
10 min de lecture

Le lendemain de notre étonnante petite sauterie, j’étais malade. Je ne pouvais qu’en prendre qu’à moi-même. Après quelques expatriations et de nombreuses intoxications alimentaires, la meuf n’apprenait toujours pas de ses erreurs et continuait à boire toutes les boissons qui s’offraient à elle.

Le coupable s’appelait « micheladas » : un cocktail à base de bière, de limonade, de sirop de fruit de la passion et de tabasco. J’appris à mes dépens que ce n’est pas parce que nous plaisent tous les ingrédients que la boisson en est savoureuse. Il y a deux éléments à éviter lorsqu’on a l’estomac en vrac : manger une raclette et faire du bateau. Qu’avait-on décidé de faire ce jour-là ? La perspective de manger du bon fromage étant exclue dans ce pays, vous comprendrez que le programme était de faire une sortie en mer. Ce fut une mortification. Pendant que les vacanciers savouraient la vue de la mer, je me demandai où pouvais-je régurgiter de manière la plus digne ? Heureusement, nous arrivâmes à terre et je pu remercier l’existence de cet élément cher : la terre.

La suite du programme était de nous faire visiter l’île à travers une randonnée : j’avais omis ce détail et me trouvais en sandales. Je me demandais alors si j’étais née débile ou si cette ignominie était apparue plus tard. Soit. Marchons 2h30 dans la terre en sandales. L’île n’était pas très belle mais nous vîmes en chemin deux curiosités : la mer, que je trouvais magnifique bien qu’elle m’ait donné du boyau à retordre, et des oiseaux à pieds bleus. Quel hurluberlu avait donné l’idée à Dieu de créer ce volatile ? Serait-ce Dieu lui-même qui par un excès de folie, décida d’affubler cette race de fantaisie ? Le guide nous expliquait alors les caractéristiques du piaf mais je ne l’écoutais pas car je décidai de rentrer en connexion télépathique avec l’oiseau afin de comprendre sa pensée. Oui, c’était réel, sa réflexion rejoignait la mienne : il se trouvait ridicule. Aussi, les badauds étaient émerveillés et se laissaient aller à la contemplation, se fichant de la gêne occasionnée. Et moi, toujours affreusement lucide, je prenais des photos, afin d’accumuler des preuves de cette excentricité de la nature. Sans foi ni loi, nous abandonnâmes les volatiles et rentrions au bateau. La suite du programme était de nager dans la mer et d’observer les poissons. Nous aperçûmes une tortue en chemin. Pourquoi nager si ces beautés de la nature viennent à nous avec un sandwich au thon ? Ayant été assez effarée pour la journée par les espèces vivantes, je décidai de me reposer et de préparer mon ventre au retour en tord-boyaux. Comme prévu, le retour fut atroce et interminable. Arrivées à bon port, nous rentrions dans nos appartements pour nous reposer avant la deuxième soirée Puerto lopézienne. J’avais moi-même changé d’auberge pour être plus libre de mes mouvements.

Le soir arriva, je retrouvais mes chicas. Mardi soir était connu pour être le soir de cours de salsa donné par le célèbre Omar. Nous ne le connaissions pas mais tout le monde nous en avait déjà parlé. Et pour cause, c’était le petit ami d’une Française volontaire. J’avais déjà cerné son portrait : populaire, ultra sociable, joue sa carte latino à fond, s’est improvisé prof de salsa en voyant toutes les filles expat que cela pouvait lui ramener, danse pieds nus sur la plage. Si je n’étais pas déjà tombée dans ce piège moults fois, je serai très probablement en train de vous raconter ma romance équatorienne avec Omarito. Les Equatoriens aiment à rajouter « ito » ou « ita » pour rendre les mots plus mielleux. Mais ce genre d’idylle avait pour effet sur moi autant que la marijuana avait pour notre cher dealer colombien : plus aucun. Je préférai regarder cet illustre spectacle plutôt que d’y participer. Le karma voulut me punir pour ma snobitude et m’envoya Riri, un autre mec de Puerto Lopez dopé à la cocaïne qui avait très très envie de parler. Sa gentillesse fut palpable, mais je n’en avais rien à foutre. Après deux jours à parler à des inconnus, à raconter 46 fois les mêmes choses, à essayer de se montrer sympa tout en voulant éviter de donner la douloureuse illusion que j’allais galocher un inconnu, je n’avais qu’une envie : boire mon coca tranquillement dans mon hamac. Serais-je détestable et absolument snob ? (oui c’est vrai mais bon c’est parce que je suis dans mon trip Amélie Nothomb, je suis gentille en vrai)

Le cours se termina et on nous parla d’une boite de nuit. Pour un village, nous trouvions qu’il y avait beaucoup de soirées underground. La fameuse boite était super sympa. Le barman était un des Italiens de la veille. D’ailleurs, nous retrouvions tous les mêmes dévergondés rencontrés hier. Toujours autant bourrés et amoureux. Mulan était fâché car ma pote ne s’était pas décidée à s’offrir à lui. Jefferson avait compris que les Italiennes étaient moins farouches et s’était trouvée une copine pleine de compassion pour la soirée. Les autres nous tournaient autour, se demandant bien qui de nous trois pourraient lui accorder quelques heures, ou même quelques minutes d’une amourette de Noël.

On aurait tous aimé voir « coup de foudre à Puerto Lopez » avec Sarah et el hombre del agua mais la journée fut longue et je ne me sentais pas d’esprit audacieux, tel un oiseau à pieds bleus. La soirée se termina donc sans échange salivaire. La merdita.

Le lendemain, nous avions rendez-vous à 10 heures afin de nous rendre à la plage de Los Frailes, une des plages réputées les plus belles de l’Equateur. J’avais bien dormi, mon estomac était plus aguerri, et le soleil était au beau fixe. Je retrouvai Omar et ses groupies, avec qui nous devions nous rendre à la plage. Mes groupies à moi étaient très en retard, et pour cause, elles avaient fini en after toute la nuit, à essayer d’esquiver de nouveaux prédateurs. Aucun gagnant ne fut à déplorer dans le match Italie-Equateur. Les concurrents s’étaient pourtant bien démenés. Omar partit, je décidai d’attendre les filles. D’une part parce que mon amitié est imperturbable, d’autre part parce qu’Omar parlait trop et me fatigua assez rapidement. J’attendis les filles 1h30 ! Quand je les retrouvais, les filles voulaient manger. La plage fermant à 15h30, je décidai que finalement mon amitié n’était pas si solide et que ma patience avait atteint ses limites. Je les plantai à leur petit déjeuner et partit à la plage toute seule. Je tentai de trouver le groupe d’Omar mais réalisa que j’éprouvais le grand besoin d’être seule et que j’avais atteint ma capacité maximale à vivre en groupe. Grand bain me fasse. Je me baignai dans cette plage protégée magnifique et me plia à mon activité favorite : ne rien faire sur la plage. J’avais acheté de la crème solaire mais le SPF étant de 100, je me dis que je pouvais attendre quelques minutes avant d’appliquer la couche nécessaire, histoire de bronzer et d’accomplir l’objectif de mon existence. Le soleil me dévisagea et se ficha foncièrement de ma tête. Même une intolérance à la Biafine lors de mon enfance ne m’avait pas servi de leçon : je cramais. Heureusement, dans un soupçon de lucidité, j’avais mis de la crème sur ma tête. Je ressemblai donc à un homard avec une tête de cul. Je trouvai ce séjour de plus en plus glamour.

L’heure de la fermeture de la plage approchait, je n’avais toujours pas vu les filles mais je n’avais pas envie de les chercher. Un ami équatorien m’avait parlé d’un chemin qui longeait la plage et qui valait le coup d’être pris. Je décidai de m’y aventurer. Je marchais donc en plein soleil pendant deux heures. La première heure fut un délice, la deuxième fut d’une infinie angoisse. J’étais seule sur ce chemin. Etais-je sur le bon ? Et ensuite, comment allais-je rentrer à Puerto Lopez ? Je n’avais pas assez d’argent pour prendre un taxi seule. Je cru comprendre que Dieu m’aimait lorsque que quand j’arriva sur la route, je me fis klaxonner par une camionnette où se trouvaient mes amies, Omar et compagnie. Parfois, il faut simplement faire confiance en la vie et tout vous arrive à temps.

Arrivées à Puerto Lopez, ce fut l’heure de se changer, de diner, de boire un dernier mojito et de rentrer à Quito. Mon plan de visiter multiples plages le long de la côte pendant une semaine avec ma seule compagnie avait lamentablement échoué. Ces trois jours à Puerto Lopez furent d’un amusement inoubliable mais je devais me rendre à l’évidence : j’étais crevée, fauchée et corporellement brûlée. Il me fallait reprendre des forces à Quito avant de repartir pour ma deuxième semaine. Dans le bus qui nous ramena à Quito, nous retrouvions des Equatoriens rencontrés lors des fêtes. Nous nous sentions populaires alors que nous n’étions là que depuis trois jours. D’un rêve de paradis exotique, j’étais passée à un retour de colonie de vacances à Palavas-les-flots. Ce folklore eut raison de ma santé physique et mentale.

Epilogue : L’envie d’aventure s’arrête là où commencent les empanadas. Oui ça ne veut rien dire mais ça sonne bien. Il semblerait que mes deux chicas m’aient filé ce fameux coronavirus et je passai alors ma deuxième semaine de vacances calfeutrée dans ma chambre. J’assouvis tant mon besoin de solitude que je ne me supportais plus : lasse d’être confrontée à mes pensées -même pas en espagnol en plus- je me mis à lire des livres d’Amélie Nothomb et me surpris à vouloir copier son style. La populace avide de scandale criera au plagiat mais le mimétisme n’est-il pas là le principal méfait de nos vies ? Tous les jours nous envions ces autres de l’espèce humaine qui se montrent sur les réseaux sociaux, nous rêvons leurs vies et copions leur style, j’éprouvai simplement la même admiration pour ces sculpteurs de phrase. Mais demain, l’usurpatrice que je suis retrouvera sa vie normale pour s’accomplir à la tâche et récolter de nouveaux billets pour ces prochaines vacances. Grosses pensées aux habitants de Puerto Lopez qui doivent tous être confinés à force de s’amouracher.

Commentaires

Calientepépésituations

Je suis désolée, mais cet article est une masterclasse.
Je connais 3 professeurs de français du college saint Joseph qui seraient fort émues et fières de ton parcours littéraire.

calientepatata

HAHAHA T’es mon meilleur public ! Ma maman m’a dit que pour une prof de français, je faisais trop de fautes de conjugaison… Je suis sûre qu’elle va écrire une lettre à Mme Clémenson XD

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