Capítulo nueve : Où je me prends pour Amélie Nothomb et écris un article beaucoup trop long (que je décide de couper en deux du coup) (1ère partie)

Dans Equateur
09/01/2022
8 min de lecture

Malgré ces quelques capitulos relatant de joyeuses sauteries vécues dans le seul but de vous partager des expériences locales authentiques, il va de soi qu’il me faille vous rappeler que la vie m’emmena ici pour cet horrible labeur qu’on appelle travail. Le système étant bien fait, il nous est offert la possibilité de jouir quelques semaines par an de vacances, nous permettant ainsi de nous donner allégrement l’illusion que nous contrôlons et profitons de nos pathétiques existences.

Ma lucidité n’impactant en rien mon intelligence, je m’enjailla avec plaisir à l’idée d’avoir deux semaines de congés pour visiter cet étonnant pays et dépenser les dollars tant ardument récoltés. N’était-ce pas là finalement le simple chemin de nos vies ? Travailler – dépenser – mourir. Les plus chanceux auraient eu la chance d’aimer, voire même d’être aimé, pour se leurrer davantage sur le but de leur vie.

C’est ainsi qu’après les deux jours à Canoa, je saisis l’opportunité d’être sur la côte pour continuer à parcourir les plages, s’inviter là où le soleil pouvait me recevoir, cela dans l’espoir de remplir l’objectif qui semblait m’être dédié depuis ma naissance : être bronzée. Le monde s’insurge d’une telle superficialité, à quoi bon ? Par chance, des amies de mon coloc prenaient la même route que moi, et me proposèrent alors de faire un bout de chemin ensemble. Comment pourrai-je refuser la compagnie d’autochtones qui allaient me faciliter la tâche de faire un trajet que je ne connaissais pas ? Evidemment que j’acceptai leur proposition. Ce n’était pas difficile, mais ce fut extrêmement long. Les deux amies ne semblant pas être déterminées à rentrer rapidement, nous nous arrêtions tour à tour pour manger, boire une noix de coco, prendre des photos, aller au centre commercial, etc. Ma politesse fit que je ne me plaignis qu’intérieurement. Je me réjouissais d’avoir été si bien élevée, et atteignis enfin ma destination : Puerto Lopez.

Mon amie m’ayant conseillé une auberge de jeunesse agréable, je décidai de m’y rendre, sans chercher d’autres points de chute. Je le regrettai quelques heures plus tard. L’auberge de jeunesse était loin du centre et absolument laide. Cependant, la chambre étant composée d’un lit – logique me direz-vous – et me permit d’accomplir mon ambition ultime : dormir. Ce que je fis, pendant 12 heures. La société aime à faire culpabiliser les adultes qui dorment beaucoup. Cela ne m’atteignait plus depuis 2007, année où j’assumais avoir un métabolisme de bébé. Après mon petit-déjeuner, j’appris qu’une de mes bonnes collègues de travail se trouvait également à Puerto Lopez et je décidai de la rejoindre. Je pensai vivre quelques jours avec ma seule compagnie mais ma foi, il est toujours bienvenu d’accepter un peu d’aide pour s’auto-supporter. Ainsi, je découvrais le centre de cette ville, qui en fait ressemblait à un village, avec un bord de plage quelque peu kitsch. Celui-ci était jonché de cabanons qui faisaient office de bars-restaurants ouverts de 8h à minuit, afin de remplir les estomacs capricieux des touristes affamés. Leurs décorations feraient pâlir les quartiers américains qui rivalisent chaque année pour montrer le plus d’illuminations de Noël. Ces illuminés ne portaient pourtant pas en eux la lumière : une maison aurait pu servir à éclairer tout le Massif central. Nous nous retrouvions donc dans ce Las Vegas vendu sur le bon coin et ma collègue m’apprit qu’une autre amie était en route pour Puerto Lopez. Soit. De une, nous étions désormais 3.

Notre première aventure excluait la plage. Je suivais le soleil et il me fuyait. Il nous fallait donc trouver une autre activité. Nous décidions d’aller explorer une communauté locale, qui proposait de faire visiter aux touristes en mal d’authenticité, un musée, des plantations et un lagon composé de soufre. Toujours lucide mais autant touriste que les autres, je tombai dans le panneau : cet endroit était magnifique. Nous avions été déposées par un chauffeur de taxi très amusant, et subitement amoureux. De laquelle de nous trois ? Nous ne le savions pas. Le chauffeur revint 3 heures plus tard pour nous chercher. Nous étions à peu près sûres qu’il était rentré chez lui se parfumer et avait demandé à sa maman de repasser sa chemise. Bien que charmant, nous n’avions pas d’autres projets pour lui que de nous ramener au QG du kitsch.

Lundi soir, Puerto Lopez est calme et ne semble n’avoir rien d’autre à offrir que ses faux palmiers en néon. Ce village n’est pas encore conscient qu’il avait la visite d’une tornade : mes collègues prêtes à faire bouger chaque grain de sable. Etant fans de danse, elles demandaient au barman qui se voulait séducteur où sont les endroits pour danser. Ce dernier me déplu très rapidement quand il me demanda pourquoi je ne parlais pas espagnol, tout cela parce que j’avais commandé un « daïquiri maracuya » sans rouler les « r ». Tant de fanfreluche linguistique me désopilait. Ne voulant pas perdre la présence de 3 clientes – que j’oserai caractériser d’attirantes même si cela signifie s’auto-complimenter et peut-être ainsi inspirer le dégoût chez certains de ma personne – le barman lança du bon son et le bac à sable se transformât en dancefloor. Mes amies faisaient le show, moi je décidai de garder les sacs. Serait-ce là le début de l’instinct maternel ? L’instinct maternel est d’un ennui… Heureusement, le barman, qui ressemblait à une version indigène de Mulan, invita ses amis à venir voir le phénomène français. De seule avec les sacs, je me retrouvai donc à quatre : Jefferson, l’homme en mission séduction impérieuse, le dealeur sobre colombien et « el hombre del agua » (le mec qui nous a vendu de l’eau et que ma collègue a rebaptisé comme ça) m’ont rejoint. Il était bientôt l’heure de la fermeture mais nos hommes ne se décidaient pas à nous quitter. Ils nous proposèrent de nous emmener dans un bar underground afin de finir la nuit en toute intimité.

Je sentais bien que leur définition de l’intimité avait un autre sens pour eux que pour nous, mais puisque la gente masculine n’eut pas encore compris que le pouvoir était féminin, nous décidions de suivre le programme de ces chers messieurs et de leur faire croire que nous ne comprenions pas le guet-apens.

J’étais cependant inquiète de ne pas pouvoir me rendre à ma lointaine auberge à une heure tardive, mais Jefferson m’assurait qu’il avait en sa possession le contact d’un chauffeur de moto-taxi (à Puerto Lopez, les tuks-tuks font office de taxi) qui pourrait me dépanner à toute heure de la nuit. Mon sauveur vit en mon questionnement une opportunité pour me draguer : tant de crédulité chez cet adolescent prépubère me laissait bouche bée. Je l’ai vu quelques instants plus tôt tenter de séduire ma collègue et je trouvai l’action plus douloureuse que sortir d’une douche sans tapis de bain : dangereuse et inefficace.

Arrivés au bar underground, nous sommes accueillis tels des messagers du Messie par un groupe d’Italiens totalement en-dessus du seuil tolérable d’alcoolémie. Jefferson alla me chercher une bière. Tant de chevalerie m’impressionna. Jefferson me demanda de payer pour nos bières. Une chevalerie grotesque. Les Italiens cherchèrent à nous faire plaisir en nous mettant de la musique patriotique : « parle à ma main » de Fatal Bazooka. Je ne pensais pas qu’à plus de 9000 kilomètres de mon village natal j’allais encore écouter de la musique de merde. Pendant ce temps, Jefferson, Mulan et quelques mâles italiens se déferlaient pour conquérir la Gaule. Tant de démonstration de testostérone me donna envie de gergobiller. Je décidai de rentrer, mais Jefferson m’avait honteusement menti et personne ne pouvait me ramener. Serait-ce dangereux de rentrer seule en marchant à 2h du matin ? Mes amies avaient pris une auberge de jeunesse plus proche. Je n’eus pas le temps de réfléchir à la question que el humbre de l’agua me proposa de me raccompagner. Ayant l’air moins assoiffé d’affection que les autres, j’acceptai sa proposition. Tout se passa bien.

 

(suite la semaine prochaine)

Commentaires

Clairounette

Ahahaha !! Saraaaaah je suis fan ! Plus je lis plus j’ai envie de te faire des petits commentaires !!!!

Et tu sais, une meute de loups tout seul ça marche mais des fois c’est aussi rigolo à plusieurs ! 😜
Même si les têtes à têtes avec toi sont de grands délirs !!

Je te KIFFE !! Vivement la suite !

calientepatata

Je suis ravie de retenir ton attention ma Clairounette. Par contre j’ai pas compris la meute tout seul ? J’ai pas la réf. Mais hâte que tu m’en dises davantage sur ce concept 🙂

Calientepépésituations

Ma chère amie, nous sommes forcées de constater que les hommes s’avèrent être de véritables pleutres peu importe la coordonnée géographique de temps à autre.
Dieu vous protège et merci pour ces gaudrioles si merveilleusement partagées !

calientepatata

Me voici ravie de constater que nous partageons effectivement le même affligeant bilan. Nos ennemis utiliseront notre amitié comme prétexte à nos élucubrations, il n’en est que fifre : nous sommes simplement bien aguerris face à la gente masculine.

Caliente😜Guignolo

Quelle belle histoire 📜, j’attends la suite! La gente masculine n’est pas à la hauteur de notre Sarah ! Mais Sarrrrah est toujours à la hauteur quelque soit la situation!

calientepatata

A la hauteur, à la hauteur…bon, tu sauras que je suis souvent plus grande que tout le monde. Mais c’est purement physique !! hihi

oriol

bonjour, je vois que tu n’as que le choix , alors éclate toi tout en restant prudente.
si tu ne sais pas lequel choisir, envoie des photos et nous te donnerons notre avis.
au retour pense à faire un livre sur les expatriés, car franchement du coup ils se sentiront moins seuls…..
et à chaque page de lecture tu nous surprends. Mais il y a t il autre chose que la drague…
vivement la prochaine

calientepatata

Tata Gigi, merci pour tes remarques plus que pertinentes. Bien sûr qu’il y a autre chose que la drague ! Mais ce sont les relations qui sont les plus intéressantes et qui captent plus l’attention du lecteur, n’est-ce pas ?!

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