Capítulo once : Des motards en meufs, la sourde autruche et Bob l’Eponge fêtent le Nouvel An à Quito

Dans Equateur
23/01/2022
7 min de lecture

Il est l’heure de vous raconter comment s’est passé le Nouvel An équatorien. Le Nouvel An est la fête que je préfère au monde mondial, parce que c’est le seul moment où on peut compter à l’envers et qu’on boit des trucs stylés en général. Bon, y’a d’autres raisons sûrement, mais je ne les ai pas à l’esprit.

J’étais donc incroyablement de bonne humeur le vendredi 31 décembre, jusqu’à 13h, où je me lève et m’aperçois que je n’ai pas la pêche. Je m’octroie donc une boisson stylée alors que la soirée n’a même pas commencé : un paracétamol. Youhouuuu esprit de fêêêête !!

J’ai prévu de passer la soirée avec mon coloc, qui s’appelle Jason aujourd’hui, et tous ses potes du motoclub. Il me dit que la soirée commence à 16h ?!?!?! Déjà, si ça commence à 20h, je ne suis pas à l’heure, alors à 16h ? Impossible ! Imposible ! Unmöglich ! A 16h, je suis effectivement dans mon lit en train de crever, avec une fièvre carabinée ! J’implore Dieu et Beyonce de me donner une dernière once d’énergie pour l’année et ça marche. Je suis prête à 21h et me rends à la soirée avec la maman de Jason.
Vous savez ce qu’ils ont fait les motards à partir de 16h ? Ils ont fait de la moto déguisés en fille (les motards, pas la moto – je dis ça pour le correcteur d’orthographe). Je suis vraiment super dégoûtée d’avoir loupé ça. En fait, on m’a expliqué que les Equatoriens voient l’année comme un « époux » et le 31 décembre l’époux meurt, sympa hein ? Donc les hommes se déguisent en « viudas » (veuves) et vont déambuler dans les rues pour demander de l’argent dans l’espoir ultime de sauver leurs époux avant la fin de l’année. Cocasse !

On arrive chez des gens qui préparent un barbecue. Très bonne idée. Les motards se sont changés et sont redevenus rock’n’roll. Je suis déçue. Avant de manger, l’Allemande (la même qui était là à Noël) propose de faire un tour de table et que chacun raconte le bilan de son année. C’est reparti pour un examen de production orale en espagnol ! Est-ce qu’on peut arrêter de l’inviter celle-là ? Mon espagnol me permet de comprendre que tout le monde a passé une bonne année de merde. C’est chouette, y’a une super ambiance maintenant !!

Ensuite débarque un groupe de 15 allemands que Jason connait et je me réjouis qu’ils n’étaient pas là pour le tour de table. La soirée démarre timidement, un peu de salsa et de merengue ça fait toujours plaisir. Minuit est déjà là et on doit tous aller dehors. Il faut compter à l’envers mais en espagnol c’est vachement difficile dis donc ! Ils ont allumé un feu. La tradition est de jeter dans le feu des bonhommes en papier plus ou moins grands qui représentent ce qu’on ne veut plus pour la nouvelle année (et accessoirement les époux). La mère de Jason a emmené un bonhomme qu’elle a renommé COVID. Spoiler : cette tradition ne marche pas du tout vu que le COVID s’est installé au calme dans notre appart pendant deux semaines ! Qu’est-ce qu’on a mal fait ? Ah je sais ! Après, la tradition normalement c’est de sauter au-dessus du feu.

J’aurais pu le faire, dans un esprit d’aventurière téméraire, mais dès que je m’apprêtais à sauter, j’avais l’image de moi en train de flamber par l’entre-jambe à cause de mes collants à paillette et je me suis dit que c’était con de mourir ainsi, mi-étoile filante, mi-Jeanne d’Arc.

Je n’ai donc pas sauté par-dessus le feu et la tradition m’a montré du doigt et s’est bien foutu de ma gueule : « tiens bin puisque c’est comme ça tu auras le Covid ! Na ! ».

Après ça, je vous avouerai que je me suis un peu ennuyée. La soirée ressemblait à une boum d’ados où personne ne veut s’inviter à danser, sans oublier le quart d’heure rock que nous ont proposé ces charmants motards. En plus, j’ai toujours du mal à communiquer quand il y a plus de 3 personnes autour. Je suis limitée, que voulez-vous.

Heureusement, j’ai un pote qui vient me sauver à 1h du mat et qui m’emmène en boite. Là on aime ! Là on s’ambiance ! On va dans une boîte chic de chez chic, ça change carrément de Puerto Lopez. D’ailleurs la boite s’appelle « Casino », ça fait chic non ? J’étais bien trop habillée pour les motards et là je me sens comme une plouc dans la boite. Vous savez qu’un mauvais choix de vêtements ça peut vous ruiner la soirée ? Bon, c’est pas trop ça qui me ruinait la soirée, c’était plutôt ma fièvre. Je suais comme un gros porc mais je faisais la sourde autruche. Oui, c’est une nouvelle expression que je viens d’inventer, un mélange entre « faire l’autruche » et « faire la sourde oreille » (c’est ça ?), vous pouvez l’utiliser à brûle-pourpoint, c’est cadeau. A Quito, dans n’importe quel endroit où tu vas, on te prend ta température. Pour la boite, pareil. Je suis à 34°C. C’est marrant, je pensais avoir de la fièvre mais en fait je suis en hypothermie. Ah d’accord.

Il est 3h du mat je suis au bout de ma vie. Bien sûr, j’ai totalement omis de dire à tout le monde que je ne me sentais pas bien, au cas où on m’empêche de sortir. Pour éviter de contaminer la populace, j’évite les câlins de bonne année. Maintenant tout le monde se dit que les Français sont snobs et froids. Ça aussi c’est cadeau. Allez, je rentre me coucher après qu’on m’informe d’une autre tradition de la nuit du Nouvel An : les couleurs de sous-vêtements que tu portes déterminent ce que tu aspires pour la nouvelle année. Par exemple, s’ils sont rouges, ça veut dire que tu aspires à l’amour. S’ils sont jaunes, tu aspires à la prospérité. La vraie question c’est : qui porte des sous-vêtements jaunes ? A part peut-être un magnifique caleçon Bob l’Eponge mais tu ne portes pas ça au Nouvel an ! A moins que ce soit ton caleçon fétiche non ?!

1er janvier 2022. Je me pose toujours des questions existentielles.
Mes sous-vêtements sont noirs, on me dit que ça apporte la malchance ! Génial ! Donc personne ne pouvait me prévenir avant ? J’aurais acheté un caleçon Bob L’Eponge !

Sur ce, bonne année ! Feliz ano nuevo (mettez un accent sur le “n” sinon ça veut dire autre chose) !!

Commentaires

Agnès

Bien contente de retrouver le style sarasien (ou sarasois ?), les précédents épisodes ont montré que le passé simple ne l’était pas tant que ça, que l’imparfait porte bien son nom et qu’en toute occasion, il vaut mieux rester soi-même !
Petite précision que je ne pensais pas utile pour une trentenaire aguerrie : sous l’enseigne des boites de nuit, après la mention écrite en petits caractères qui indique qu’on peut payer en carte bleue, il y en a une en tout tout petit qui dit « ici, on drague ». C’est sur que dans les bals à Saint Sau, tout est plus clair quand on voit les mètres de bière sur le comptoir, les filles qui ont mis une jolie robe alors qu’il fait froid et les garçons qui se sont coiffés.
Et sinon, à quand le chapitre sur tes activités diurnes ? On veut savoir comment se passe ton trabajo (pardon, je n’ai jamais su où mettre les accents sur les mots espagnols, Dominique, ma professeur, a loupé quelque chose ou alors c’est moi ?). Gros poutous !

calientepatata

Merci pour tes remarques plus que pertinentes. Je m’en tiendrais donc désormais à mon style plus épuré et aux conjugaisons que je connais ! J’osais espérer que les mentions écrites en espagnol au-dessous des enseignes des boites de nuit indiquaient quelque chose de plus romantique, mais je dois l’admettre, je suis terriblement naïve même à 30 balais. Cependant, pour ta gouvernante, pour les bals à StSau, les filles mettent leurs vêtements les plus passe-partout et pas oufs, parce qu’elles savent que les mecs à la buvette savent pas draguer et vont finir par leur renverser de la bière dessus. Je dis ça par expérience !
Et sinon, je ne crois pas qu’il y ait d’accent à trabajo, d’ailleurs il ne s’y passe pas assez de choses pour que j’ai quelque chose à raconter malheureusement… Je tiens toutefois compte de tes remarques et vais essayer de faire des activités diurnes !!

ghislaine

bonjour, Au fait du coup ta fièvre est passée ??? après ce jour de l’an un peu particulier.
Pour ma part je trouve les sous-vêtements noirs plutôt sexis, mais je suis sur que tu vas trouver quelqu’un, dans une folle soirée, pour exorciser le mauvais sort et tout rentrera dans l’ordre.
Leur tradition ressemble un peu à M. Carnaval sauf que ce n’est pas l’époux qui meurt mais l’hiver, c’est plus poétique.
Voili, voilou, gros bisous de loin avec omicron et son petit cousin qui arrive , c’est préférable.

calientepatata

Coucou ! Oui la fièvre est passée après 2 jours heureusement !
Hahaha je te remercie de croire en moi et d’avoir l’espoir que mon sort soit exorcisé…
Je ne connaissais même pas cette tradition de M. Carnal, comme quoi, j’aurais peut-être dû commencer par connaitre mon propre pays. Gros bisous négatifs du Covid 🙂

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