Capítulo veintiocho: Se laver l’âme à Santa Ana de los Ríos de Cuenca

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08/12/2022
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Au début du mois de novembre, c’était la fête de l’indépendance de la ville de Cuenca, une ville réputée mignonne au Sud de l’Equateur. Vu que c’était sur ma liste de villes à voir, je me suis dit que c’était le bon moment pour y aller.

Comme d’habitude, aucun de mes voyages n’est vraiment planifié, je décide juste de la date d’aller et tout ce que je réserve, c’est l’hôtel (avec eau chaude, vous me connaissez maintenant). Je décide d’y aller en bus parce que je n’ai toujours ni voiture ni moto ni chauffeur personnel, et ça tombe bien parce que la veille une pote équatorienne me dit qu’elle connait une compagnie privée qui a des mini-bus de nuit qui font Quito-Cuenca en 7h sans arrêt ! Parfait, parce que je déteste les gros bus, j’ai toujours peur qu’on me vole ma valise.

 

Lundi soir, on part à 22h, arrivée à 4h30 du matin. Malheureusement, je ne peux pas aller à mon hôtel tout de suite parce qu’ils m’ont dit qu’ils sont fermés la nuit. C’est quoi cet hôtel ?? Je trouve donc un hôtel tout pourri histoire de finir ma nuit. Il y fait très chaud et je vois encore mon ami le cafard mais cela ne m’empêche point de dormir. Je me lève vers 10h où mon prétendu hôtel est sensé avoir ouvert. Je cherche sa localisation pour pouvoir m’y rendre mais impossible de trouver. Je me dis que je vais les appeler et je vois un numéro qui n’est pas équatorien…attends, laisse-moi revoir l’adresse… Ah d’accord. Nouvelle boulette de Sarah : j’ai réservé un hôtel à Cuenca…en Espagne !! Mais ils sont chiants aussi les pays, vous ne pouvez pas trouver d’autres idées de noms de ville ???

Je prends quelques secondes pour applaudir ma connerie et retourne à la chasse à un hôtel DANS cette ville. J’écris à celui d’Espagne pour leur dire que je ne viendrais pas parce que je me suis trompée de ville et je leur demande de ne pas me prendre l’argent, évidemment ils m’engueulent et m’envoient bouler. Bilan de la leçon : les Espagnols, ce ne sont pas des Latinos !!

Je trouve finalement un lieu pour m’héberger, pas ouf mais après tout je viens de perdre l’argent de trois nuits alors on ne va pas faire nos difficiles, mais il a l’avantage d’être bien situé. Le premier jour, je déambule dans les rues sans but précis. Faux ! Je veux absolument aller voir un atelier artisanal, c’est un gars qui fabrique des croc-tops avec du tissu typique équatorien. Etant une grande fan, je craque la moitié de mon budget là-dedans. Gestion d’argent : 0.

Je tombe également sur un défilé chelou avec des gens qui portent des faux animaux au-dessus de leur tête. Pas compris.

Ensuite, comme il pleut, je vais faire le tour touristique en bus. J’apprendrais que le nom complet de cette ville c’est « Santa Ana de los Rios de Cuenca » parce qu’il y a plein de rivières autour. AH ! Bah faut dire les noms complets dès le début vous aussi !! Après on se retrouve à envoyer nos thunes en Espagne ! J’ai l’impression que Santa Ana de los Rios de Cuenca (oui je vais dire le nom complet maintenant) est une ville super grande mais en fait on fait juste des slaloms. A pied, j’essaie de retrouver les endroits mais je n’arrête pas de me perdre. Bon, mangeons et dormons.

 

Mardi, je me lève pleine d’énergie pour visiter toute cette ville en une journée. Je commence avec une cathédrale magnifique où on peut monter pour voir les coupoles de près. Les coupoles sont bleues, c’est très joli. Je prends 15 000 photos et je redescends. Je me dirige vers la grande place en passant devant trois autres églises et la place des fleurs, où on vend que des fleurs, logique. Sur la place, je me fais alpaguer par un voyageur solo, Boris, un Péruvien. J’ai l’impression qu’il n’a pas trop envie d’être seul le voyageur solo. Je lui dis que je veux aller au musée du Sombrero et le gars s’incruste. Ok, vamos. Le musée du Sombrero est trop bien ! On y apprend que le chapeau appelé « Panama » vient en fait totalement de l’Equateur mais il est appelé comme ça parce que pendant la construction du canal du Panama, les ouvriers en avaient tous un et les Américains se sont mis à appeler ces chapeaux ainsi, du coup c’est resté. Vous voyez à quel point les Equatoriens sont humbles juste avec cette phrase…ils créent un truc mondialement connu mais n’en tirent aucune réputation. Qui connaissait l’Equateur ici ? Et surtout, combien croient que je vis au Pérou ???!!! Bref, le Panama est équatorien et Cuenca est une ville en Espagne. Cet article est une leçon de géographie. On apprend aussi toute la construction du chapeau, tous les détails, toutes les finitions… le chapeau à la construction la plus minutieuse coûte un loyer parisien, et sont tous réalisés à la main (au pied ça serait dégueu). Avec mon nouveau pote Boris, on teste plein de sombréros mais on n’en achète pas mais c’est dommage parce que le chapeau de Marie Ingalls me va comme un gant de toilette. Ceci dit, je ne mets plus rien sur ma tête depuis que je me suis pris une poutre à cause d’une casquette… sombre histoire de mon enfance et résultat d’une perte incommensurable de mon cerveau. Tout s’explique. Après, on va boire un café sur un rooftop. Comme j’ai choisi le musée, je demande à Boris ce qu’il veut faire après, il veut aller voir un atelier de porcelaine qui est fermé. Super. Je choisis la deuxième activité alors : le musée des Cultures Aborigènes. On y découvre au moins 4000 sculptures et objets de toutes sortes venant des cultures aborigènes, c’est très impressionnant. Boris fait un commentaire sur au moins la moitié des sculptures, ça nous fait donc 2000 commentaires en moins de deux heures, même l’enfant devant nous n’en fait pas autant. Je suis ravie. Après ça, Boris veut qu’on aille dans un endroit au bord d’une rivière afin de manger. C’est une bonne idée de manger, je le suis ! L’endroit est fermé. Alors je veux bien être sociale et ouverte et arrêter d’être autoritaire, mais faudrait peut-être arrêter de me donner des projets de merde Bobo !! Sur ce, on se dirige donc vers un restau ouvert, que j’ai repéré. Boris me raconte sa vie. J’en ai un peu marre de lui, mais je ne sais pas trop comment m’en défaire. Est-ce que je suis une horrible personne ? Très probablement, tellement que c’est peut-être Boris qui essaie de se défaire de moi puisqu’il me dit qu’il doit retourner à son hôtel pour travailler. Ah zut. Il me rappellera ce soir pour aller dîner. D’accord… cherche un endroit ouvert par contre.

Je continue donc seule mon petit tour direction un ultime musée, ouais y’a pas non plus dix mille trucs à faire à Santa Ana de los Rios de Cuenca. Celui-ci s’appelle le Musée Pumapungo et il m’a été conseillé par la même personne qui m’a donné le tuyau pour le mini-bus. Je le sens donc bien, et en effet, c’est un super musée qui raconte toute la vie de l’Equateur et ses nombreuses cultures. Je me rends compte encore plus de la richesse de ce pays et de tous les aspects spirituels liés aux peuples indigènes qu’on ne comprendra jamais. C’est dingue que dans un pays, il y ait des gens qui vivent dans des lofts de luxe au bord de la plage ou dans la capitale, et d’autres qui vivent encore nus et sans réseaux sociaux au fin fond de l’Amazonie. Je trouve ça fascinant.

Je continue ma balade un peu bouleversée. Le chemin de bord de rivière donne une ambiance automnale, ce qui est très appréciable, et je découvre aussi un pont avec des parapluies violets et plein de noms de femmes qui rappellent toutes les femmes qui sont mortes sous les coups de leur mari. On passe d’une ambiance automnale à un peu plus morbide. Ensuite, je me perds mais cette fois volontairement dans les rues de la vieille ville, et je me dis que les traditions ancestrales équatoriennes me paraissent tellement influentes que je décide de participer à l’une d’entre elles pour voir l’effet que cela peut produire. Je me dirige vers le marché où j’ai vu qu’il y a un espace réservé aux plantes et herbes chelous, et que des femmes y proposent de faire une « sanacion integral » afin de te guérir le corps et l’âme. C’est exactement ce qu’il me faut vu mon état de stress extrême des derniers jours. Je me dis que ça ne marchera pas si je n’y crois pas alors je me laisse totalement allée à cette dame. Elle prend des plantes, elle me les fait sentir, après elle me fouette avec. Puis, elle prend des pierres, j’espère qu’elle n’a pas prévu de me fouetter avec parce que je n’avais pas prévu de finir comme Jésus-Christ. Non, elle les cogne juste au-dessus de ma tête en disant des trucs inaccessibles à mes connaissances en espagnol. Après elle prend mes bras, elle les tord, elle les déboite et les reboite – oui c’est possible – et elle me met de l’huile de je-ne-sais quelle plante sur le nombril. Voilà. Vous savez comment laver l’âme de quelqu’un. Après je lui demande ses ressentis sur l’exercice, elle me dit que j’étais très « chargée ». C’est vrai, exactement ma réflexion de ce matin « dis donc, qu’est-ce que j’ai l’âme chargée aujourd’hui ». Mais me voilà guérie !! Ne voulant pas m’en arrêter là, je vais dans un stand d’encens, les Equatoriens sont friands d’encens. Sauf que je prends connaissance de l’arnaque, c’est de l’encens indien et ils collent dessus une étiquette en espagnol pour te dire ce que cet encens t’apporte. Par exemple, y’en a un c’est pour « llamar dinero », littéralement « appeler l’argent ». Vu comment j’ai tendance à le gaspiller, je préfère ne pas l’appeler mais choisis au final l’encens de la maman et son bébé. Non je n’ai pas de bébé mais je voulais juste faire chier le vendeur qui m’a dit qu’une femme ne pouvait pas avoir de bébé si elle n’était pas mariée…. « Bon bin je vais vous en prendre 6 » ! Apparemment la dame n’a pas lavé mon esprit de contradiction.

C’est la fin de journée, j’ai l’âme lavée, le cœur en fête. Je m’octroie un rendez-vous avec moi-même dans un petit bar trop mignon, à l’esprit baroque-château de Versailles. On kiffe. Le rendez-vous se passe bien, vu que je suis de nouveau une âme pure, je reprends contact avec des gens et je découvre que j’ai actuellement une pote, qui n’est pas à Cuenca en Espagne mais bien à Santa Ana de los Rios de Cuenca, en Equateur !! Ni une, ni deux, je la rejoins pour le dîner.

Sur ses conseils, le lendemain je décide d’aller au parc Las Cajas, il s’agit d’un parc naturel national super haut et super beau. Le voyage en bus pour y aller est déjà magnifique et je suis déjà enchantée avant même d’y avoir mis mes petits pieds. Arrivée au parc, on me propose plusieurs chemins de randonnée. Connaissant mes aptitudes physiques au même degré que ma volonté de reporter un jour un chapeau, donc quasi-nulles, je me résigne à faire la plus courte et la plus facile. C’est parfait, c’est mignon, et je kiffe un peu de verdure, cela me rappelle mes origines ! Je n’ai pas toujours été une meuf de la ville vous savez ?? Bref. Je croise des touristes en pique-nique, des Équatoriens en pause photos et un mec étranger qui fait une course contre la montre au paradis. Genre tu as autre chose de mieux à voir que cette merveille de la nature ?! Pourquoi aller si vite ? Enfin, deux heures plus tard je finis la rando et m’en vais prendre le déjeuner. Je retrouve le gars qui courait tout à l’heure, il est en train de commander à boire mais la serveuse et moi on ne comprend rien à ce qu’il dit. Il demande un « lasso », c’est quoi ça ?? Après, il montre sur la carte et on voit qu’il veut un canelasso, vous savez cette boisson typique à base de rhum chaud dont je vous avais déjà parlé. Deux heures pour comprendre ce qu’il veut le type, qui court et qui ne sait pas lire !

« Bonjour je voudrais un « ite » !

– bin c’est quoi ça ??

– c’est un Sprite mais sans le début du mot, c’est à vous de le deviner. »

Top.

Après cette grosse marrade, faut que je rentre. Je demande au gardien à quelle heure part le bus, il me dit qu’il est passé il y a 10 minutes. Je viens de comprendre pourquoi le gars voulait finir sa randonnée si vite. Oups ! Ça m’apprendra à me moquer de lui. Le prochain bus est une heure plus tard, il fait désormais froid et il y a du brouillard. Pour ne pas attendre, je décide de faire du stop. Je vois justement sur le parking un couple qui s’apprête à partir, je me jette sur leur vitre ! Imaginez, vous êtes dans votre voiture, tranquille, dehors il fait froid et vous ne voyez pas à plus de 100m, vous êtes bien au chaud et là vous voyez le visage d’une folle qui frappe à votre vitre. Ce ne serait pas un peu le début d’un film d’horreur ?? Heureusement, la femme très courageuse, ouvre la vitre et me demande ce que je veux. Ils acceptent de m’amener à Santa Ana de los Rios de Cuenca, puisque c’est aussi là qu’ils vont. Décidément, j’ai vraiment de la chance depuis que je me suis guérie. C’est un couple équatorien de Quito, adorable, avec qui on discute tout le trajet. Le gars me demande si j’ai ressenti le choc de l’altitude vu que le parc Cajas est à plus de 4 000m d’altitude. Non franchement ça va, par contre qu’est-ce que j’ai envie de dormir, je suis trop fatiguée. Le gars me répond que c’est exactement ça les effets de l’altitude. Ah d’accord !!!

Mais je suis vaillante, je ne vais pas dormir tout de suite ! Ils me déposent en ville et je ne sais plus quoi faire. Je vais voir un énième musée. Il est nul, j’en ai marre. Une attraction touristique ici est de prendre le tram, parce qu’il y a que dans cette ville en Equateur qu’il y en a. Ouais, bof. Si c’est pour prendre le tram autant aller à Saint Etienne Châteaucreux. Puis, je me souviens qu’un pote m’a parlé d’une petite ville pas loin où il y a des sources d’eau chaude. Et si on finissait la journée sur un petit jacuzzi naturel ?? C’est parti ! Quelle bonne idée ! C’est trop beau !! L’eau chaude proviendrait d’un volcan donc tous les alentours des piscines naturelles sont en pierre volcanique. Je barbote dans l’eau bouillante jusqu’à ce qu’arrive – qui ? devinez ???? Mon petit couple d’Equatorien de tout à l’heure. Ils sont trop choux les deux-là, ils me proposent de me ramener après à mon hôtel. Avant cela, on boit l’apéro comme si on était potes depuis 10 ans ! On s’assure de bien prononcer toutes les syllabes afin que le serveur nous apporte le cocktail voulu. Ça marche.

C’est sur cette dernière soirée que je termine mon séjour dans cette ville au charme indiscutable. J’ai encore vu des paysages magnifiques et j’ai appris de grandes leçons, notamment sur les réservations d’hôtel et sur le fait qu’il ne faut pas se moquer des gens qui marchent vite !! Ceci dit, si j’avais marché à son allure pour prendre le bus, je n’aurais pas rencontré le gentil couple d’Equatoriens. Tout arrive pour une raison, et parfois, ne pas avoir de plans fait partie du plan. Et se retrouver nulle part est exactement là où on doit être…

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